Le projet de loi voté au Sénat en première lecture pourrait permettre d’écouter les propriétaire de téléphone tout à fait légalement. Il propose en effet d’autoriser l’activation à distance des micros et des caméras des smartphones et appareils électroniques.
Au lieu de placer un micro chez un suspect, les appareils que nous trimballons nous-mêmes dans nos poches seraient utilisés pour mettre en place des dispositifs légaux d’espionnage de masse. Ce projet de loi traduit parfaitement la complémentarité des « politiques numériques » : accompagner les multinationales du numérique, se ménager un accès à leurs dispositifs techniques permettant la mise en place d’une surveillance généralisée. L’impunité dont jouissent les multinationales depuis des années est le tremplin sur lequel s’appuie ce projet de loi.
Et Apple dans tout ça ?
Malgré sa communication au sujet du respect de la confidentialité, Apple n’a pas attendu de nouvelles mesures législatives pour nous écouter. Thomas Le Bonniec a travaillé chez un sous-traitant d’Apple : « J’ai travaillé sur des enregistrements d’utilisateurs de Siri qui ignoraient qu’ils avaient été écoutés.
En mai 2019, une recruteuse indépendante me contacte avec une proposition alléchante. J’allais travailler en Irlande, je serais payé 2 600 euros bruts par mois. Il suffisait que je sois bon en français et en compréhension orale. Le processus de recrutement, qui tenait en trois ou quatre étapes, ressemblait aux tests que je faisais en classe de 6e ou de 3e. À partir d’un enregistrement, on devait deviner l’origine des interlocuteurs, s’ils étaient vieux ou jeunes, hommes ou femmes…
Après avoir signé une clause de confidentialité, j’ai appris qui était mon employeur?: Apple. Et je me suis aperçu que je travaillais sur de vrais enregistrements, pratiqués à l’insu des utilisateurs de Siri.
Je devais m’assurer que la transcription de leurs conversations était correcte, la corriger si besoin. Passé cette première étape de nettoyage, d’autres collègues se chargeaient de regarder le reste des données disponibles dans l’appareil, comme les contacts, la localisation, la musique, les films, d’étiqueter des mots-clés, des lieux, des noms… et tout ce que le règlement général de protection des données définit comme des données sensibles – appartenance syndicale, opinions politiques, données de santé.
Nom du projet : Crowd Collect. Je traitais au minimum 1 300 enregistrements par jour. C’était une sorte de travail à la chaîne numérique. J’étais un tâcheron du clic. J’ai tenu huit semaines. Mais je ne suis pas parti les mains vides. J’ai fait des captures d’écran, j’ai collecté des preuves. »
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« L’idée, c’était d’améliorer le système pour éviter des erreurs de recherche. En tout cas, c’est ce que dit Apple. Mais en réalité, au vu des données qui sont collectées et qui sont recoupées, l’assistant vocal sert aussi à regrouper davantage d’informations et à informer, par exemple, le profil l’utilisateur. Pendant cette période, j’ai pu écouter tout ce que vous pouvez imaginer que quelqu’un dirait dans une situation très intime. J’ai entendu des gens qui parlaient de l’orientation politique, de leur affiliation syndicale, de leur sexualité, beaucoup aussi de leur situation personnelle. »
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« Google, Amazon, Microsoft, tous les assistants vocaux se comportent de la même manière. »
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« Il s’agit d’un système de surveillance massif et généralisé. On parle de surveillance commerciale. On est en train de parler d’enregistrements qui sont effectués sans le consentement, sans la connaissance des personnes qui sont concernées et elles sont lésées. Ça nous concerne tous. On démontre aussi que la protection de la vie privée, ce n’est pas une affaire individuelle, mais c’est une affaire collective. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas un appareil Apple que vos données n’ont pas été traitées. Il suffit que moi, je sois dans les contacts de quelqu’un qui a un iPhone pour que mes données soient traitées par Apple ou que je me trouve à proximité d’un assistant vocal. »
Des alternatives existent-elles??
« Produire des assistants vocaux sans espionner les gens, c’est possible?: il suffit de demander aux utilisateurs de faire don de leur voix. C’est le projet Common Voice, développé par Mozilla Firefox. Et puis, arrêtons la culpabilisation individuelle, ce n’est pas efficace.
La culpabilité ne doit pas être du côté de ceux qui subissent la surveillance, mais de ceux qui la mettent en place, l’organisent et en tirent profit.»
Sources : Le Journal du Dimanche, L’Humanité, Mediapart, France Info.
Ecrit par Lise - Site

C’est sinistre, et plutôt décourageant.